Quand j’ai décidé de me lancer sur le GR20 avec quelques copains, je savais que ce serait costaud. On me l’avait répété, re-répété, parfois avec un sourire du genre « tu verras bien… ». Mais tant qu’on n’a pas mis les pieds sur le GR20, on ne réalise pas vraiment. Ce sentier, c’est la Corse dans ce qu’elle a de plus brut : belle, imprévisible et parfois un peu rude.
Le GR20 fait rêver mais il impressionne aussi. Et à raison : c’est l’un des sentiers balisés les plus difficiles d’Europe. Pourtant, je peux garantir une chose : quand on sait à quoi s’attendre, quand on comprend ses pièges et ses particularités, le GR20 devient moins un monstre et plus un défi…qui se mérite mais qui se vit merveilleusement bien.
Je vous emmène donc avec moi pour faire le tour des vraies difficultés du GR20, celles que j’ai ressenties, celles dont j’ai entendu parler chaque soir autour d’un repas lyophilisé, celles qui ont fait abandonner certains…et celles qui rendent cette aventure si inoubliable.
Le vrai visage “alpin” du GR20
On oublie trop facilement que la Corse n’est pas qu’une île bordée de plages de rêve. Au cœur, c’est une île de montagne, une vraie où les sommets taquinent les nuages et où les reliefs sont abrupts, exigeants, parfois imprévisibles.
La Fédération Française de Randonnée classe certaines étapes du GR20 en Très Difficile (TD) voire Extrême (TD+). Et honnêtement…c’est mérité. Des journées de plus de 6 heures, un dénivelé qui dépasse facilement les 800 mètres, des terrains pierreux, instables, ravinés et des passages qui flirtent avec l’escalade.
Je me souviens des chaînes tendues le long de parois trop lisses pour se sentir en confiance, des sections où on avance à quatre pattes, du bruit du vide juste à côté. Ça impressionne, ça réveille mais c’est aussi ce qui fait la magie du GR20 : tu sens que chaque mètre gagné l’est à la force du mental et des jambes.
Ajoute à ça des nuits en bivouac, des douches froides et le confort minimaliste des refuges…et tu obtiens une ambiance “haute montagne” qui te tient en alerte du début à la fin.
Les dénivelés qui ne pardonnent pas
C’est LA difficulté que personne ne peut ignorer. Sur le papier, ça semble simple : une étape par jour, un sentier balisé, une progression régulière. Dans la réalité, c’est autre chose.
Dès le premier jour, j’ai compris : le GR20 ne monte pas doucement, il attaque franchement. Pas le temps de chauffer les mollets. Et ça continue tous les jours. Sur les 16 étapes officielles, pas une seule ne compte moins de 1200 mètres de dénivelé cumulé.
L’étape qui passe par le Monte Cinto, reste l’une des plus marquantes : plus de 2000 mètres de dénivelé sur une seule journée. On s’est tous regardés à l’arrivée, avec ce mélange d’épuisement et de fierté qu’on reconnaît immédiatement chez ceux qui ont souffert juste ce qu’il faut.
Ce n’est pas insurmontable mais ça ne pardonne pas si on n’est pas prêt physiquement…ou mentalement.
Les dévers et passages vertigineux
Le GR20 suit souvent les crêtes, comme s’il voulait nous rappeler que la Corse aime jouer avec la verticalité. Et même sans être sujet au vertige, certains passages forcent à respirer un grand coup.
Parmi ceux qui m’ont marqué ou que d’autres randonneurs redoutaient :
- la montée jusqu’à la brèche de Capitello, spectaculaire et exigeante
- les crêtes entre Petra Piana et l’Onda
- l’arête des Statues avant le Monte Incudine
- les Aiguilles de Bavella
Ce sont des moments où on ralentit, où on choisit soigneusement ses appuis, où le silence se fait autour de nous mais ce sont aussi, très souvent, les plus beaux panoramas du GR20.
La météo, ce personnage imprévisible
En Corse, la météo a ses humeurs : un instant radieuse, l’instant d’après bien plus capricieuse. Sur le GR20, j’ai vu le ciel changer en quelques minutes, le soleil écrasant laisser place à des rafales fraîches et un simple nuage gris se transformer en orage sans le moindre avertissement.
Quand le tonnerre éclate dans les reliefs, le son résonne d’une façon qu’on n’oublie pas. On se sent tout petit. La pluie, elle, n’est pas toujours un problème. L’ennemi, ce sont les éclairs. Trouver un abri n’est pas évident, surtout sur les crêtes.
Et puis il y a la chaleur. En altitude, elle est sèche, dure, elle tape fort. J’ai appris très vite à garder un couvre-chef, à boire plus que je n’en avais envie et à ne jamais sous-estimer un simple rayon de soleil.
La fatigue qui s’accumule
Chaque étape du GR20 est unique. C’est peut-être ce que j’ai préféré : chaque matin, un nouveau décor, une nouvelle ambiance, une nouvelle surprise. Mais c’est aussi ce qui rend le parcours éprouvant sur le long terme.
Quand on dort mal (et ça arrive), la journée suivante est franchement difficile. Quand on a passé trois jours à monter puis descendre sans répit, le corps proteste doucement puis franchement. Quand on marche 7 à 10 heures par jour, on cumule une fatigue que rien, dans la vie quotidienne, ne prépare réellement.
Et si on dort en autonomie, avec montage/démontage de tente, ça rajoute encore un effort supplémentaire matin et soir.
Le GR20, ce n’est pas juste un défi physique : c’est une lente érosion de ses forces, une aventure qui demande de doser son énergie, de s’écouter et parfois…d’accepter d’aller un peu moins vite.
Le sac à dos : l’ennemi intérieur
J’ai vu des randonneurs abandonner uniquement à cause de ça : un sac trop lourd, un sac mal optimisé, un sac préparé “au cas où”…qui finalement les a épuisés bien plus que le terrain.
On le dit partout mais sur le GR20 c’est encore plus vrai : un sac ne devrait jamais dépasser 15 % à 20 % de votre poids. Et pourtant, j’en ai croisé à 18, 22…même 30 kg. Ces sacs-là ne permettent pas de finir sereinement.
Un sac bien préparé, ça change tout. Il devient ton allié, pas ton boulet.
Finalement, c’est difficile…mais c’est magnifique
Le GR20 n’est pas un sentier qui se survole. C’est un sentier qui se gagne.
– Oui, il est exigeant.
– Oui, il demande une préparation physique.
– Oui, il surprend.
Mais il récompense toujours qui s’y engage avec respect et lucidité.
Quand j’ai posé mon sac en arrivant à Calenzana, j’étais fatigué, sale, affamé…mais heureux parce que les difficultés du GR20, une fois surmontées, deviennent les plus beaux souvenirs.
Et si vous aussi vous rêvez de le faire : informez-vous, préparez-vous…et foncez. Ce sentier-là, on ne l’oublie jamais.



