On savait que cette étape serait mythique mais aussi redoutée. Le fameux cirque de la solitude… Depuis le début du GR, tous les randonneurs qu’on croise en parlent : certains avec des étoiles dans les yeux, d’autres avec un frisson dans la voix. Ce matin, c’est à notre tour d’aller voir ça de près.
On quitte Tighjettu à l’aube, encore un peu engourdis du froid de la nuit. Le sentier attaque direct, sans échauffement et grimpe sec vers les hauteurs. Le paysage devient vite austère : des blocs, des à-pics, des falaises rougeâtres. On sent qu’on entre dans un autre monde.
Et puis le voilà. Le cirque de la solitude se dévoile d’un coup, impressionnant, vertigineux, presque hostile. Un amphithéâtre de pierre immense, taillé à même la montagne. Le silence est total, si ce n’est le vent et quelques cris qui résonnent dans la roche.
On s’engage prudemment. Les chaînes, les barres métalliques, les passages verticaux…tout y est. Rien d’insurmontable mais mieux vaut ne pas avoir le vertige. On avance lentement, concentrés, un pas après l’autre. Les bras travaillent presque autant que les jambes.
Quand on ressort de ce chaos de granit, le souffle court, on se regarde, mi-fiers, mi-soulagés : on l’a fait.
La suite du parcours paraît presque paisible en comparaison. Une longue descente s’amorce vers la vallée d’Ascu Stagnu mais nous décidons de couper par l’ancien tracé du GR20 pour éviter la redescente complète. Mauvais plan pour les jambes : la remontée vers les crêtes est rude mais les panoramas sont fabuleux. Là-haut, la Corse se dévoile dans toute sa splendeur : des cimes à perte de vue, la mer au loin et cette impression grisante d’être sur le toit du monde.
Mais l’euphorie retombe vite : les heures s’allongent, les cuisses tirent et les genoux commencent à râler. Plus d’une semaine de marche se fait sentir. Le rythme ralentit, les conversations aussi. Seul le vent et le crissement des cailloux sous les semelles rompent le silence.
En fin d’après-midi, après une descente interminable, on franchit enfin la passerelle de Spasimata, suspendue au-dessus du vide. Le torrent gronde en contrebas et la lumière dorée éclaire la roche. Une vraie carte postale pour cette fin d’étape.
On arrive à Caruzzu à la nuit tombée, épuisés mais heureux. Comme d’habitude, les meilleurs emplacements de bivouac sont déjà pris. On finit par dégoter un petit coin plat…juste à côté des toilettes 😅. Pas idéal mais ce soir, on s’en fiche.
Ce soir, l’ambiance est joyeuse mais un peu nostalgique. C’est le dernier repas de notre traversée : rien d’inoubliable mais tout a meilleur goût après huit heures trente de marche. Certains d’entre nous s’écroulent avant même la nuit tombée. Le GR20 touche à sa fin…et on le sent déjà : demain, ça va faire drôle.



























