Le refuge d’Asinau s’étire doucement, les sacs bruissent, les frontales clignotent encore. Le ciel est clair, sans un nuage à l’horizon. La météo est encore de notre côté. C’est le genre de journée où on sent qu’on va en prendre plein les yeux.
On attaque tôt, histoire d’éviter la chaleur des heures de midi. Et tant mieux car dès la première montée, le ton est donné : ça grimpe sec. Le sentier grimpe tout droit entre les blocs, avec quelques passages où il faut poser les mains. On s’encourage, on rigole, on transpire. Après une bonne suée, on arrive au sommet du monte Incudine, déjà baignée de soleil. La vue est incroyable. Derrière nous, la mer scintille, on devine encore Porto-Vecchio au loin. Devant, la Corse centrale se déploie, sauvage, rocheuse, immense. Le vent est doux, le ciel d’un bleu éclatant. On sort le saucisson pour un petit déjeuner de champions face au panorama. On se dit que c’est exactement ça le GR20 : de la sueur, des rires et des paysages qui te clouent sur place.
La suite est plus douce. On longe des crêtes, on traverse un petit névé qui résiste encore à l’été, souvenir de l’hiver corse. Puis le sentier plonge vers la vallée du Forcinchesi, au cœur d’un décor plus vert. On s’arrête au bord de l’eau pour un vrai moment de bonheur : pause baignade et déjeuner au soleil. Certains trempent les jambes, d’autres s’allongent dans l’herbe. Le silence est total, seulement troublé par le bruit de l’eau et le tintement des cloches de vaches en liberté. Un coin de paradis comme on en rêve sur le GR20.
On repart tranquillement, le ventre plein et les épaules bien chauffées. Le sentier remonte progressivement, serpentant entre pins et dalles rocheuses. Le soleil tape fort mais l’air reste sec. On prend notre temps, chacun à son rythme, le regard perdu sur la ligne des crêtes qu’on devine plus haut.
Et puis on y est : les crêtes d’A Monda. C’est sans doute l’un des passages les plus spectaculaires du sud du GR20. Le chemin file entre ciel et terre, parfois à peine large pour deux pieds, avec des panoramas à 360°.
D’un côté, la mer et les montagnes de Bavella, de l’autre, les plateaux qui annoncent le centre de l’île. On avance en silence, juste portés par la beauté du moment. Le vent souffle, le soleil décline doucement, dorant les roches et les herbes sèches.
Après plusieurs heures sur les crêtes, le refuge d’Usciolu apparaît enfin, juché à 1750 mètres d’altitude. Un vrai nid d’aigle accroché à la montagne. Le vent y souffle fort mais la lumière est belle. On monte les tentes, on se douche à l’eau froide en rigolant et on savoure ce moment.
Le soir, le soleil se couche derrière les montagnes du nord. Tout devient rose, puis violet, puis noir. On mange dehors, assis sur des rochers et on lève nos verres à cette journée parfaite. Le GR20 comme on l’aime : exigeant, magnifique et infiniment vivant.


























