Deuxième matin sur le GR20. Nos sacs sont déjà un peu moins bien rangés, nos jambes un peu moins fraîches et nos visages plus marqués par le soleil que la veille. Le refuge de Paliri s’éveille doucement dans la lumière du matin, avec l’odeur du café, le bruit des fermetures éclairs et les “bonjour” encore à moitié endormis. Devant nous, un décor qui promet : les aiguilles de Bavella, ces fameuses tours de granit qu’on rêve tous de voir de près.
On quitte le refuge à un rythme tranquille. Le sentier grimpe en douceur dans les pins, le balisage rouge et blanc bien visible sur les rochers. Après environ une heure, on atteint la Foce Finosa (1 200 m). Là, c’est la claque visuelle : derrière nous, la mer étincelle, le golfe de Porto-Vecchio s’étend à perte de vue et la Sardaigne se dessine à l’horizon. C’est le genre de panorama qui te rappelle pourquoi tu t’es levé si tôt.
On rejoint ensuitele col de Bavella, un lieu vivant où se croisent randonneurs, motards et familles venues admirer les aiguilles. C’est l’endroit parfait pour faire une pause : quelques snacks et restos bordent la route et on peut refaire le plein d’eau avant de repartir. On peut s’installer sur un rocher ou un muret, le temps de grignoter un sandwich et de profiter de la vue. Il nous a fallu également faire un choix : la voie classique du GR20 ou la variante alpine ?
Nous, on a choisi la variante alpine : impossible de résister à l’appel des aiguilles. Depuis le parking du col, ça grimpe bien et sous le soleil. L’effort est rude mais le décor fait vite oublier la fatigue. Après une brèche à la bocca di u Truvone (1 334 m), le sentier file sur des crêtes impressionnantes. Des chaînes métalliques aident à franchir les passages les plus raides. C’est physique mais rien d’insurmontable.
Et là-haut, c’est le spectacle total : les aiguilles de Bavella se dressent tout autour de nous, comme des flèches plantées dans le ciel. Le granit change de couleur avec la lumière, du rose au doré et le vent siffle entre les rochers.
Après les crêtes, la descente est raide mais agréable. On rejoint le GR20 classique dans les bois, sous les pins et les hêtres. Le sentier ondule doucement jusqu’à l’Asinau, en longeant plusieurs petites sources. En face, les montagnes de l’Alta Rocca s’illuminent sous les rayons du soleil.
Le refuge d’Asinau se devine au loin, perché sur un replat herbeux. En fin de journée, quand on pose les sacs, on a cette sensation rare d’être exactement là où il faut. Le soir, autour d’un plat de pâtes et d’un peu de vin, les gardiens entonnent des chants corses. L’ambiance est simple, chaleureuse, vraie. Et dans les rires et les ampoules du jour, on sait qu’on vient de vivre une étape qu’on n’oubliera pas.
Le sud du GR20, c’est déjà l’aventure mais avec la mer pas loin et cette lumière chaude typique de la Corse.


























