Jour 9 : de Manganu à Ciottulu di i Mori

Le jour se lève à Manganu, l’air est vif et les tentes perlées de rosée. On plie le camp tranquillement, un café dans les mains, pendant que le soleil grimpe au-dessus des crêtes. Aujourd’hui, une longue étape nous attend : près de 23 km à travers certains des plus beaux paysages du GR20. Autant dire qu’on a de quoi en prendre plein les yeux.

On quitte le refuge en longeant le petit ruisseau, la passerelle qui grince sous nos pas puis la vaste plaine d’Acqua Ciarnente, tapissée d’herbe grasse où paissent quelques vaches curieuses. C’est aussi ici qu’on bascule dans la Haute-Corse. L’ambiance change un peu : plus de vent, plus d’espace, plus de silence.

Très vite, on rejoint les bergeries de Vaccaghja, parfaites pour une première pause. Les gardiens y servent du fromage et un café chaud : simple, rustique, parfait.
Le sentier repart ensuite vers le nord-ouest, serpentant à travers une forêt de hêtres tordus par le vent. Après deux heures d’une marche paisible, on débouche sur un décor de carte postale : le lac de Nino.

Ce lac d’altitude, bordé de pozzines vertes et moelleuses, a quelque chose de magique. On marche sur des pelouses gorgées d’eau, on croise des chevaux sauvages qui s’abreuvent tranquillement et on comprend pourquoi cet endroit est considéré comme un joyau de la montagne corse. On s’y arrête forcément, le temps d’un casse-croûte. Mais attention : ici, tout est fragile. Pas question de piétiner les pozzines ou de boire dans le lac. Ce coin, c’est un petit paradis à préserver.

En reprenant la marche, le GR20 grimpe doucement vers la Bocca San Petru (1452 m). Le terrain se durcit, la végétation disparaît et le brouillard peut vite s’inviter. On avance groupés, en suivant soigneusement les marques rouges et blanches. Là-haut, un petit oratoire en pierre marque le passage : les anciens disaient qu’il protégeait les voyageurs des tempêtes. On veut bien les croire.

La descente sur le col de Vergio est plus tranquille. Le col, avec son camping et sa petite épicerie, fait figure de “civilisation retrouvée” : fruits, biscuits, bière fraîche…Un vrai luxe après plusieurs jours d’autonomie ! On en profite pour refaire le plein avant d’attaquer la seconde partie.

L’après-midi, on plonge dans la forêt de Valdu Niellu, immense et parfumée. Des pins Laricio droits comme des flèches, le vent dans les branches et parfois le clapotis d’un ruisseau.
On passe devant les bergeries de Radule puis la passerelle au-dessus de la cascade de la Lonca : un endroit superbe, parfait pour tremper les pieds ou remplir les gourdes. Le sentier devient plus rocailleux, plus ouvert aussi. La lumière de fin de journée dore les falaises.

Peu à peu, la vallée s’ouvre sur le fleuve Golo et au loin, on devine le refuge perché de Ciottulu di i Mori. Encore une heure d’effort, quelques virages dans la pierraille et le voilà : le plus haut refuge du GR20, perché à 2000 mètres d’altitude dans le nord de la Corse.

Paysage du lac de Nino et des pozzines sur le GR20 entre Manganu et Vergio en Corse
Chevaux sauvages broutant autour du lac de Nino sur le GR20 en Corse
Vue panoramique sur le lac de Nino et les pozzines verdoyantes du GR20 en Corse
Arbre battu par le vent sur le GR20 entre le lac de Nino et Bocca San Petru en Corse
Paysage montagneux du GR20 vers la Bocca San Petru en direction de Ciottulu di i Mori en Corse
Baignade rafraîchissante dans une vasque naturelle du GR20 près de Manganu en Corse
Refuge de Ciottulu di i Mori sur le GR20 dans le nord de la Corse
Tente installée au refuge de Ciottulu di i Mori sur le GR20 avec vue sur les montagnes de Corse