Le réveil pique un peu ce matin à Carrozzu mais la motivation est là. On le sait : c’est notre dernière journée sur le GR20. On pourrait s’arrêter à Ortu di U Piobbu ce soir, comme tout le monde, mais non : on veut boucler, tout donner, voir la mer avant la nuit. Alors on resserre les sangles, on avale un café vite fait et on s’élance.
Dès les premiers mètres, ça grimpe sec. La montée dans le vallon de Carrozzu est un vrai mur : des dalles, des éboulis et un soleil déjà bien présent. On avance groupés, en silence, le souffle court. Les bâtons plantent dans la pierre, les jambes brûlent mais on sait qu’on approche du bout.
Au col de Bocca di l’Innominata, à 1865 m, le spectacle est incroyable. D’un côté, les montagnes du sud qu’on a laissées derrière nous et de l’autre, la Balagne et tout au fond, la mer Méditerranée qui scintille. Notre ligne d’arrivée est là, au loin.
Après plusieurs heures, on atteint enfin Ortu di U Piobbu. Normalement, c’est la fin de l’étape. Les visages fatigués des randonneurs qui s’installent pour la nuit nous rappellent qu’on pourrait s’arrêter là. Sauf qu’on a une idée fixe : Calenzana ce soir. Alors on repart.
Le sentier plonge directement à travers les roches et les pins. Le dénivelé négatif est violent : plus de 1300 m de descente à encaisser. Les genoux grincent, les épaules tirent mais la vue sur la baie de Calvi et l’Île Rousse nous pousse à continuer. La mer paraît si proche qu’on croirait sentir le sel dans l’air.
Les lacets finaux se déroulent dans un silence presque solennel. Les muscles sont vidés, les pensées partent un peu dans tous les sens. Et puis soudain, les premières maisons. Calenzana.
On s’arrête, on se regarde, on n’y croit pas vraiment. Après plus de 180 km, plus de 10 000 m de dénivelé, de pluie, de soleil, de rires et de jurons…on l’a fait.
La fontaine de Saint-Antoine devient notre ligne d’arrivée. On pose les sacs, on s’assoit et on savoure ce moment, un peu de poussière sur le visage, un grand sourire aux lèvres. On finit la journée à la terrasse d’un bar, une Pietra bien fraîche à la main, à regarder les montagnes qu’on vient de traverser. Le GR20 s’achève ici mais une chose est sûre : il va nous habiter encore longtemps.

















